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Hommage à Charles Bochard

29 / Jan / 2019 - 86

Vœux du président et hommage à Charles Bochard

Comme chaque année, à l'occasion des vœux du président, l'OB rend hommage à Charles Bochard rugbyman de l'OB et résistant de la seconde guerre mondiale.

"promets moi que si un jour j’ai une tombe de demander aux copains de m’offrir une belle couronne de roses blanches avec le ruban du R.C.F.C"

Tels sont les derniers mots de Charles Bochard,dans une lettre adressée à l'un de ses coéquipiers, avant de mourir fusillé le 26 janvier 1944.

C'est la raison pour laquelle une rose blanche est déposée chaque année par le plus jeune joueur de l'école de rugby sur une plaque dédiée à Charles au club house de l'OB.

L'histoire de Charles Bochard

Né en 1918 à Lons le Saunier, il vient en 1938 à Besançon pour y jouer au rugby et pour travailler dans l'entreprise "le véhicule industriel", de René Guinot, dirigeant du club qui sera bientôt président du comité régional de rugby.

Il s'impose immédiatement au poste de demi de mêlée de l'équipe, qui joue en Honneur, c’est-à-dire au second niveau de la hiérarchie nationale.

Il a d'excellentes qualités physiques, une grande vivacité, des appuis déroutants, mais aussi une très bonne lecture du jeu, ce qui lui permet d'animer magnifiquement derrière un pack le plus souvent dominateur.

Et sa première saison se déroule comme un rêve, il dirige le jeu de l'équipe, fait marquer des essais et en marque lui-même, et, comme tout le monde, il est persuadé que le RCFC va monter en Excellence, le plus haut niveau national, dès le printemps 1939.

Malheureusement, lors du match décisif disputé le 19 février sur le terrain de Dole transformé en bourbier, les bisontins s'inclinent 3/0 face à Bourg, lequel sera finalement sacré champion de France en battant Lourdes 5/3 en finale.

Ce n'est que partie remise pour la saison prochaine, pense-t-on, et pense aussi Charles Bochard avec l'insouciance et la joie de vivre de ses vingt et un ans …..

Les évènements en décident autrement et il est mobilisé dans la Marine, ce qui lui vaut d'échapper de peu à la mort lorsque la flotte française est coulée à Mers el Kébir le 3 juillet 1940 (1300 morts) : il plonge à la mer et rejoint la côte à la nage.

De retour à Besançon, il reprend sa place dans l'équipe amputée de plusieurs pièces maîtresses (Chanonat et Daulon ont été tués lors des combats de juin 1940, Fortanet gravement blessé, Brossard est prisonnier, Jabry mobilisé est à Antibes, et plusieurs autres ont quitté Besançon pour des raisons diverses liées à la guerre et à l'occupation).

En 1941, on dispute un championnat régional avec Chalon, Dijon, Dole et Pontarlier, et Charles Bochard est le véritable patron de l'équipe sur le terrain.

En 1942 c'est la reprise du championnat Honneur et Charles Bochard joue en intermittence avec une autre activité : il fait partie d'un réseau FTP de résistants, participe à des actions de sabotage, est à Bordeaux lorsqu'un officier allemand est abattu, est suspecté et recherché, mais continue de s'entraîner et de jouer au rugby le dimanche, souvent clandestinement sous la licence du jeune André Girard qui sera son successeur….

Il est arrêté le 29 novembre 1943 et transféré à Bordeaux où il est interrogé et torturé par la Gestapo. Il ne parlera pas et sera fusillé au fort du Hâ le 26 janvier 1944.

Quelques heures avant sa mort, il écrit sa dernière lettre à son copain trois-quart centre Robert Camus et il y écrit notamment ceci :

"promets moi que si un jour j’ai une tombe de demander aux copains de m’offrir une belle couronne de roses blanches avec le ruban du R.C.F.C"

et il conclut :

"Adieu mon vieux et je te souhaite ainsi qu’à tous les copains une vie belle et heureuse et que notre sacrifice aura enfin servi à quelque chose de propre pour la France et surtout dis-toi bien que devant le poteau d’exécution je me tiendrai aussi bien que sur un terrain de rugby.

Ton copain et ton frère"

Cette lettre sera retrouvée dans la doublure de sa veste, renvoyée par les allemands à son employeur, René Guinot. Elle est exposée au musée de la Résistance et de la Déportation à Besançon et est citée dans l'ouvrage "la vie à en mourir : lettres de fusillés" de Guy Krivopissko.